Publié par : Lucas | décembre 16, 2007

A Calcutta pour les Pujas il y a

Des guirlandes de lumiere qui degoulinent des facades, comme des lianes en feu

Ces voix etranges et pleines d’ivresse qui sortent des hauts parleurs de rue

Cette foule en marche jamais rassasiee d’idoles

Cette energie de la fete que mille noels en europe ne pourraient egaler

A Calcutta pour les Pujas il y a des putes sur le bord des routes

Il y a les damnes les exclus les reclus du systeme pour qui les messages des immenses panneaux de pub resteront a jamais irreels

Il y a la perte de controle de soi au milieu de la magie des autres et des lumieres folles

Il y a ces infinies desillusions qui demangent

Il y a les stands rouges au marteau et a la focille

Il y a l’inde toute entiere branchee sur une pile surchagee prete a exploser.

Publié par : Lucas | décembre 16, 2007

Arrivee a Calcuta

18 octobre – Saint Luc, aujourd’hui c’est ma fete.

Qui aime entrer dans une ville par un aeroport? Pas moi en tous cas. Ce sont tous les memes. Froids avec les memes plantes en plastique - artificielles, les gens a le tete molle sur leurs fauteils bleus, ils essayent de lutter contre la fatigue, cette voix monotone qui vient d;en haut et qui dicte comme un Dieu la conduite des vagues de chariots roulants, d’attaches case et de familles bien compactes.

Ou est l’originalite? Est ce que je suis ici a Calcutta, a Lyon ou a Vancouver? Le probleme avec les terminaux d’aeroport c’est qu’on pourrait etre n’importe ou et donc qu’on est nullepart. La “standardisation” du village-monde c’est un village avec le meme carrelage blanc, les memes pubs IBM et Vodafone, les memes Cafes-minute. C’est ce terminal juste sous mes yeux. Et puis ce stress, ce rush qui part du sol et s’eleve dans les halls. L’aeroport c’est la capitale, le centre ville, du monde globalise.

Tout le monde s’y retrouve, on y trouve presque tout et presque tout le monde et tout est connecte a tout.

Mais qu’elle tristesse.

Et qu’elle impatience d’en sortir, vite pour aller toucher les lumieres apercues dans le hublot tout a l’heure, pour se frotter a la ville foule et  s’y dissoudre.

Publié par : Lucas | octobre 17, 2007

Calcutta

Demain soir direction West Bengal, direction Calcutta. Comme disait Hélène, rien que le nom m’attire. Il excite, il repousse, il interroge. Il vous donne envie. Mais quel est cet aimant qui nous accroche et qui nous tire vers la ville folle, quand on en a que des images floues et qu’on lit un article comme ça?

“Calcutta, mouroir, Calcutta, miroir.

Qui pousse les gosses dans les égouts de Calcutta? Moi? Vous? Les autres? La vie? Le destin ? Le climat? Comment fermet les yeux?

Calcutta déborde mais ne vous inquiétez pas, nous sommes là, les journalistes, entre vous et nous, il y l’écran. Mais peut-on rester sans réponse à cette question: que puis-je comprendre, que puis-je raconter, moi, avec dans ma poche ce que gagne en un an le tireur de rickshaw? A qui la faute?

La mondialisation, le système politique indien, la religion, les traditions, ou bien les communistes au pouvoir qui défilent dans les rues de Calcutta, avec des portraits de Staline auts comme ça. Malédiction de Calcutta. Miroir-mouroir. Ca ne date pas d’hier. Le 24 aout 1690, un Anglais Job Charnock, négociant, notait: “Nous trouvâmes les lieux dans un état déplorable.”

Et Charnock débarque. Et Charnock installe son négoce et Calcutta se développe. Le cancer se développe. La catastrophe urbaine, la malédiction, le record du monde de la misère. ” La lie, le plus vil de tout l’univers”, selon Robert Clive, l’un des fondateurs de l’empire britannique des Indes. Et Winston Churchill écrit à sa maman: “Je suis content d’avoir vu Calcutta. Comme ça je n’aurai pas à y revenir.” Rudyard Kipling: “la ville de l’épouvantable nuit”. Günter Grass: “Cette ville grouillante, croulante et purulente, cette ville qui mange ses propres excréméments, cette ville qui veut sa misère”.

Nous y voilà. C’est de leur faute à eux, aux pauvres. Salauds de pauvres à bord d’un radeau pourri qui sombre dans les chiottes avec douze millions de rats à bord qui s’agrippent. “

Daniel Mermet, La bas si j’y suis,

18 mars 1995

Demain j’y serais et il n’y aura ni l’écran ni le journaliste entre Calcutta et moi. La misère brute, surement. Mais aussi l’ambiance de joie et de fête que les indiens savent si bien faire. Demain et puis après demain et pendant toute une semaine c’est Durga Pujas, le plus important festival religieux de l’année au au Bengale occidental.

Publié par : Lucas | octobre 17, 2007

Récit matinal

Des chiens, des chats mais surtout des vaches et des serpents, des écureuils et des perroquets qui vous entourent et qui vivent avec le peuple étudiant. Ici à JNU, les animaux font partie du décors. Et nous faisons partie du leur. Les indiens les acceptent sans se poser de question.

Les chiens errants creusent leurs trous dans le sable de la route. Quand il fait chaud ils se réfugient à l’intérieur. Les écureuils sauteurs, comme des milliers de sauterelles, habillent le sol et les branches des ficus Bengali, les arbres aux lianes imposantes qui poussent à l’envers.
Les vaches souvent on les oublie, mais elles reviennent toujours. Elles nous étaient sorties de l’esprit pendant deux jours ; machinalement à l’entrée d’un chemin on relève la tête : les voilà qui trottinent. J’adore cette sensation unique, celle de l’éternel-nouvel-arrivant. Et oui ici les vaches se balladent comme des pachas! Tout leur est permis personne ne les arrêtera. This Is India. A J.N.U j’aime cette Inde, qui accepte tout le monde, les animaux les aveugles et les basses castes.

Les perroquets et les paons, on peut les voir le matin, tôt sur son vélo sur la route vers East gate. La voie est déserte. Les oiseaux accueillent la nouvelle journée. Les feuilles chantent sous la direction de la brise matinale. Le soleil à peine se découvre et si vous faites attention, vous verrez un paon caché dans les fougères ou sur les basses branches des arbres. Pour repérer les perroquets il faut bien viser, ralentir le rythme. Soyez aux aguets et vous apercevrez leurs plumes vertes accrochées aux arbres et prêtes à s’en détacher.

En marchant sur le sol qui crépite à travers les ombres encore fraîches vous sentirez cet appel intérieur. La jungle sèche se réveille, elle baille et son cœur matinal imprime un rythme agreable. La forêt entière s’ouvre au reste du monde.

L’Inde me donne le temps d’apprendre à m’ouvrir à elle.

Publié par : Lucas | octobre 17, 2007

Maximum City…

… et minimum writing. Ca fait plusieurs semaines que je n’ai pas tapoté sur le clavier et que ce blog est resté statique. La vie à JNU laisse finalement peu de temps pour se raconter. Entre la vivre à moitié pour la raconter l’autre moitié du temps et en profiter pleinement, le choix est vite fait. Chapo bas à mon pote Axel qui tient son site bien à jour (www.indoaxel.com).

Mais il est temps de renouer contact: bientôt ici la description de ces trois jours à Bombay, “capitale des extrêmes”, en vidéos et en images.

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Simon sur Marine Drive, la croisette indienne.

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Cuisine entre sable et rochers, juste en face des buildings

Publié par : Lucas | septembre 12, 2007

Made in China

Week-end à Dharamsala avec mon pote Massoud. C’est vendredi midi, on est à table. Depuis quelques jours on parlait d’un week-end en dehors de Delhi, mais on ne savait ni où, ni quand. D’un coup il prend forme, au milieu de nulle part, entre deux bouchées de jeera rice on décide de partir à la fin de l’après midi. Ces départs là : ceux que je préfère. Ils se décident sur le tas, d’un coup comme ça. Ils n’auraient pas dû exister mais on leur donne quand même une chance.
Alors voilà, direction Dharamsala, entre 12 heures (au retour) et 22 heures (à l’aller) de bus de Delhi, dans l’Himachal Pradesh, région du Nord montagneuse et fraîche.

Dharamsala.
C’est l’histoire de l’une des dernières colonisations des temps modernes. Histoire d’un conflit de territoire, comme en Tchétchénie, en Israël-Palestine, comme au Darfour et ailleurs. Histoire de la volonté de puissance d’un peuple sur un autre, histoire dramatique et banale; histoire à répétition dont l’Histoire nous en fournit des exemples à la pelle. Le contexte change et la forme se mue avec le contexte. La colonisation n’est pas morte, elle est devenue économique dans la plupart des cas. On peut alors disserter sur la pertinence du terme. Dans d’autres cas, elle n’a pas pris la peine de changer sa forme, de se déguiser: la colonisation est bien là. Sourde et cruelle, elle s’empare de la vie d’un pays en lui imposant une police étrangère. A certains endroits elle a forcé à l’exil toute une partie d’un peuple. Au Tibet par exemple.

L’invasion chinoise à Lhassa date de 1949, il s’agissait alors de « la libération pacifique du Tibet » (Bel exemple de manipulation du réel grâce au pouvoir des mots– les régimes totalitaires ont toujours aimé la poésie…)
L’armée de Mao Tsetung envahit cette « province », avec tous les abus qu’une armée d’occupation à l’habitude de se permettre. Dix en plus tard une insurrection éclate à Lhassa. Sa répression force à l’exil plus de 100 000 moines, dont le Dalaï lama. Le jeune homme a alors 25 ans. Réfugié en Inde, s’installe finalement à Dharamsala, siège du gouvernement Tibétain en exil. Une petite poche refuge tibétaine offerte par Nehru, au nord de l’immense République indienne.
Absurde, non? Un Etat Tibétain sans territoire. Certains ont le territoire sans l’Etat (l’union européenne?). Pour les Tibétains en exil l’administration existe, les bureaux sont là, la constitution provisoire aussi. Il manque juste l’essentiel: le bout de terre avec les frontières qui vont avec. Peut-être que dans quelques centaines d’années, l’administration suffira, on dirigera des Etats virtuels sur le web. Mais on n’en est pas encore là. Ce besoin vital d’habiter là ou ses ancêtres ont vécu, d’y habiter librement sans police étrangère, pourrit le destin de certains peuples. Les tibétains sont de ceux-là.
Pourtant ce sont les pros du détachement, de l’éloignement de la réalité, du pouvoir de l’esprit pour calmer les souffrances journalières. Ce sont les rois de la méditation pour s’élever au dessus des imperfections monde. Il semble que certaines imperfections soient trop profondes. Le désir de retourner à la terre est plus fort que la parole de Bouddha.

« Son excellence le 14ème Dalaï Lama du Tibet ».
Un nom à rallonge qui vous annonce un homme sage et complexe, intimidant, inaccessible. On m’avait dit qu’il était difficile à suivre. En fait le Dalaï Lama est une personne très simple, ça se sent immédiatement. Il met tout le monde à l’aise, et les moines assis en tailleur, qui bougent de gauche à droite comme de légers pendules en tissu, et les admirateurs étrangers qui se sont prosternés au moins 6 fois de suite en apercevant l’élu.
Il fait des blagues et il rit comme les japonais dans Kill Bill, un rire étouffé, grave et qui vient du fond de la gorge, un rire sincère et prolongé. On ne peut pas ne pas aimer la personne une fois qu’elle nous a invité dans son rire.
Le Dalai Lama dit qu’il ne parle qu’un « broken English ». Il fait sourire tous les étrangers en nous avouant que les Tibétains qui parlent très mal l’anglais croiront, en ne comprenant rien à ce qu’il dit, qu’il le parle parfaitement. Il fait rire ensuite tout le monde en disant que le Tibétain, ça il sait qu’il le parle mieux que les touristes. En fait en anglais aussi, il parle très bien. D’ailleurs pour la première fois il faisait son discours dans le temple de Mc LeodGanj en anglais. Il y parlait de sécularisme et de valeurs communes à tous les peuples.

Il a dit: « mon premier conseil n’est pas un message religieux, c’est simplement du bon sens. Je veux vous parler de ces virtus que chaque homme et chaque femme possède à la naissance, avant même que le sens religieux existe. La compassion, le sens de la responsabilité et le sens de la communauté. Voilà les valeurs qui doivent être à la base de toute communauté. Je suis un défenseur de l’Etat séculaire car ces valeurs sont communes à tous les hommes, elles viennent avant les religions. » Pas mal, son message, au vieux lézard couleur rouge orange et au crâne chauve.
Son second conseil, c’est que pour pratiquer le Buddha dharma, la science bouddhiste, il faut d’abord comprendre la vraie nature de la réalité. Dis comme ça, j’ai du temps avant de me mettre au Bouddhisme. La réalité pour les bouddhistes c’est une sorte de tout transcendantal, un ensemble ultime qui englobe soi et les autres en même temps, sans distinction. Une réalité difficile à percevoir derrière les filtres de nos démocraties individualistes – où l’individu est forcément séparé et placé en dehors et au dessus du reste.

En sortant du temple, ça fourmille de tuniques rouges. Un rouge bordeaux, particulier et très beau. J’ai l’impression d’atterrir dans Sept ans au Tibet. Impression étrange quand le spectateur passe de l’autre côté de l’écran. Il entre dans ce qui était jusque-là une fiction ou un vieux souvenir mêlé à de l’imaginaire. Si on n’est pas très bien assis au fond de soi, on peut se retrouver coincé dans l’écran de la télé, entre les deux réalités, avant de réaliser que ce que l’on voit en face de soi est bien réel.

Je suis devant le temple et c’est midi. La brume s’accroche aux flancs des montagnes sur lesquelles on a posé la ville. Il fait froid, pour la première fois depuis que je suis en Inde. Massoud va acheter du riz pour une petite fille qui demandait de l’argent. Du riz c’est une bonne idée, c’est sûr qu’elle pourra le manger. Elle a l’air contente, la petite fille. Un léger clic et je la glisse sur l’écran de mon appareil.
Avec Massoud on s’est bien marrés dans les rues de Dharamsala. Une vidéo commentée de chiens qui s’accouplent à trois, un documentaire-trophée à rapporter aux autres restés à Delhi. Des Anglaises sympas mais avec un balais dans le cul. Des vendeurs sur les nerfs, d’autres qui prenaient Massoud pour un gars du Kerala (il est iranien). Moi je n’ai pas l’air indien. La dessus généralement on ne se trompe pas. Dommage…
L’hostel, avec son balcon terrasse constamment par perdu un nuage et abrité par du lierre et sa chambre qui donne dessus avait un sublime goût de vacances. C’est ça qui est bien dans les voyages, même quand ils durent un week-end, on s’y sent toujours en vacances – les grandes, les vraies, celles qui font oublier le reste.

En quittant Mcleodganj, je repense à ce pays que les tibétains ont laissé derrière eux. A ce pays qui ne reviendra pas.

Pourquoi est-ce qu’en Europe on ne parle pas plus de l’occupation Chinoise ? Peut-être parce que la Chine n’est pas prête à rendre le Tibet, loin de là. Alors que tout le monde veut être le meilleur ami de Pekin, qui est prêt à se fâcher avec la Chine? Quand bien même on se fâcherait avec la Chine, à quoi bon? Le Tibet n’en redeviendrait pas plus tibétain.
Peut être aussi parce que la relation entre les européens et la colonisation est toujours délicate. Un peu comme deux « ex » pour qui la rupture s’est mal passée. Devant les autres ils se critiquent. Face à face c’est plus complexe. En réalité ils sont mal à l’aise. Mal à l’aise face à cette foi en la colonisation qui nous a défini pendant si longtemps.

Avant de partir, j’ai quand même acheté un T-shirt « Free Tibet ».

Ca ne changera rien mais dans les situations sans espoir, même les actions inutiles ont de la valeur. C’est obligé, car alors sinon plus rien n’en a.

Le comble eut été que le T-shirt soit « made in China ».

Alors j’ai regardé l’étiquette.

Heureusement pour l’instant, le cynisme n’est pas encore allé jusque là…

Publié par : Lucas | août 31, 2007

Dalaï Lama

Ce soir direction Dharamsala,

à 13 heures de bus de Delhi c’est dans cette petite ville que le dalaï lama a trouvé refuge depuis 1959 pour fuir l’invasion chinoise, invasion qui a fait plus d’un million de morts en cinquante ans – surtout des moines. Invasion dont on entend finalement toujours peu parler.

Ca fait du bien de quitter la capitale  et de laisser pour quelques jours sa chaleur, qui malgré quelques feintes ne veut pas partir.

Publié par : Lucas | août 30, 2007

Impossible n’est pas indien

“No problem, you can do this”

“It’s ok, no problem”

“Ok ok this is possible”

Ce genre de phrases font du bien aux nouveaux arrivants en Inde. Elles sont tellement agreables. Légères, elles s’élèvent au dessus de la pesanteur du quotidien. Une fois qu’on a passe l’interminable attente, la lourdeur de l’administration et les incomprehensions reciproques, la situation se debloque souvent d’un seul coup. Apres les répétitifs “Sorry Sir, Come tomorrow”, “You come later” ou autre “Write an application form first” On ne comprend pas vraiment pourquoi, pourquoi maintenant ça passe et tout à l’heure, il y a quelques minutes de cela, au comptoir d’à côté ça ne passait pas. Il aura suffit d’attendre, ou de changer d’interlocuteur. Des fois même pas besoin d’aller voir ailleurs, c’est comme si l’homme qui jouait avec votre destin avait finalement décidé de vous le rendre et de vous offrir votre journée. “Ok, you can do this”.

Je demande a prendre un cours qui ne m’est pas destine, pas de probleme, ça peut s’arranger. Le vendeur me vend une selle mal fixee, on peut en changer. J’attends trois heures pour expliquer que le papier qu’on me demande avec agacement n’existe pas, et d’un coup on me dit, ok no problem, you can go. Ah bon? No problem, you can go.

Il aura juste fallu tenir bon.

Quand on tient bon, ici, tout est possible.

Alors on découvre les joies des ces infinies possibilités indiennes.

Alors on peut prendre l’autoroute en sens inverse quand il y a un bouchon d’un côté seulement.

On peut se passer de climatisation grâce au trous qu’il y a dans les murs.

On peut  demander le pantalon en une couleur qui n’existe pas, mais qui sera conçu demain matin et prêt pour midi.

On peut faire rouler une voiture avec un moteur de Vespa.

On peut écrire des mots anglais sans les lettres qu’on ne prononce pas.

On peut étaler son beurre du matin avec les doigts.

Equippé d’une vache sacrée on peut traverser des routes ou les vehicules pour vous seulement ne s’arrêteraient pas.

Tout est possible, d’un côté comme de l’autre…

On peut aussi attendre 4 heures pour une signature nécessaire mais qui ne nous servira pas.

On peut vous demander en toute légalité de payer une somme que vous n’avez jamais dépensé.

Dans un hotel on peut vous faire payer pour une seconde chambre fictive qui vous sera finalement offerte.

En France il y a cette culture de la regle. On a beau tenir bon, au bout du compte si la règle c’est la règle elle le sera jusqu’au bout. Ici on commencera toujours pas vous sortir le discours sur la règle. Mais c’est un peu comme si on vous disait “bonjour, comment allez vous”. Une fois que c’est dit, c’est facile de passer à autre chose. Très vite on peut explorer le monde qui existe en dehors de la règle. La règle c’est justement ce qu’il y a derrière la règle. Ici on trouve une solution a tout.

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Ou pas.

En 2007, encore 80% des mariages sont des mariages forces. Malheureusment semble y avoir des choses pour lesquelles tout le monde ne peut pas transgresser…

Publié par : Lucas | août 30, 2007

Rishikesh

Rishikesh

Rishikesh, ça sent la forêt humide et fraiche, ça respire le vent qui souffle depuis les pins de l’hymalaya. Derrière la brume on entre-aperçoit ces formes hautes et imposantes, les contreforts du plus grand massif montagneux du monde, l’Himalaya – qui fait rêver les alpinistes, les fous du yoga et les marchands d’opium.
Rishikesh en ouvre les portes, et laisse passer à travers elles le Gange, resséré entre les deux rives de la ville. Richikesh, premier gardien du Gange aux eaux encore pures. Richikesh, ville de pelerinages indiens et européens. L’Est et l’Ouest se mélangent ici dans un concert de musique et de Ratnamala (encens).
Ici il y a toujours eu Shiva, mais depuis quelques temps il y a aussi les Beatles. Exilés en terre hindoue il y quarante ans, ils ont oublié ici et là, dans des boutiques et quelques cafés, des habits, des bouquins de yoga et puis un certain esprit. Je ne pensais pas qu’on pouvait laisser autant de choses en partant d’un endroit. Les beatles devaient être tête en l’air. C’était surement dû au Yoga. Peut être aussi que leur oubli était volontaire. Peut-etre ont-il vendu tous leurs habits en partant pour payer le billet du retour, et les vendeurs de frippes écoulent encore les stocks aujourd’hui. Une sorte d’accouplement entre quelques bouts de l’orient et de l’occident, un étrange mélange au pied des source du Gange.
Richikesh est une ville à double visage. Ram Jhula et Lakshman Jhula n’ont rien à voir. La première ville, encore dans la plaine ressemble à un grand carrefour avec sa gare de bus et tous ces mécanos sur la grand route. Lackshman Jhula c’est tout l’inverse. On prend un Richkshaw 8 places avec les bordures en contreplaqué or. On file dans une petite route sous les arbres. Ca monte, ça tourne et puis on arrive sur cette coline, qui surplombe le fleuve et qui est surplombée par des pentes qui montent se perdre dans la brume. Au loin on imagine les sommets qui se dépassent tous les uns les autres. Les montagnes ici ne peuvent pas regarder leurs voisines de haut, il y en a toujours une au dessus. C’est peut être pour cela que l’on dit que la montagne apprend l’humilité.

Je suis sur le pont de singe de Lackshman Zola, à 40 mètres au dessus du Gange, serpent sacré accueillant ou non selon l’humeur, au parfum variable – tout dépend de la dose d’encens qui coule des boutiques et depuis les temples. Rishikesh juste après la pluie se vide de tous ces habitants et tous ces pelerins. Je n’ai jamais vu si peu de monde en Inde. Il y avait le Gange les singes et nous, qui descendions les marches des ruelles silencieuses et sineuses.
On peut comprendre, presque immédiatement, pourquoi les étrangers aiment cet endroit. Après la pluie il ne doit pas y avoir beaucoup de lieux de culte aussi calme que celui-ci en Inde; il y a cette odeur qui dégouline tranquillement dans les rues avec l’eau de pluie. Il y a ces bâches bleues qui clapottent avec le vent, au dessus des boutiques. Doucement, j’ai senti cette légèreté entrer sans frapper. Elle avait bon goût et n’a plus voulu repartir.
En marchant un peu, on découvre aussi ces jeunes américains vus à la télé, nés quarante ans après l’heure. Ils sont venus s’ enterrer dans les ashrams pour oublier l’occident rationnel et trop asceptisé. Paradoxalement, l’occident est là aussi. Il y a ces plats de lasagnes que l’on sert dans les dhabas et qui nous regardent, fumant et avec un léger sourire, parfois ironique. Ils nous rappellent que dans l’inconnu le voyageur en quête de distance cherche toujours et malgré lui à la réduire et faire revivre en lui et autour de lui des morceaux du point de départ. Ici, le soir ou à midi c’est pizzas pour les italiens. Crêpes pour les français. Et paschtida pour les israëliens.

Mais malgré tout ça j’ai aimé Richikesh. Et en partant, le Gange savait sans doute déjà que j’y reviendrais, il (elle) ne m’a pas dit aurevoir, on s’est dit à plus tard.

Publié par : Lucas | août 21, 2007

Still sexy at 60!

Still sexy at 60 !

Si vous vous promenez à New Delhi le 15 aout, jour anniversaire de l’indépendance de l’Inde, regardez vers le ciel. Sur le toit des immeubles vous verrez des enfants, des milliers d’enfants amassés sur le toit de ces immeubles que l’on revoit si souvent ici. Un bloc rectangulaire avec une petite façade et le reste est dans la longueur.

Si vous regardez en l’air le 15 août, vous aurez l’impression que la ville est prise d’assault par les moins de 18 ans. On dirait une sorte de cité d’enfants. Il y en a sur tous les toits, sur toutes les terasses, à toutes les fenêtres. Les parents ont disparu. Les enfants triomphent.
Ces nouveaux habitants regardent eux aussi vers le ciel, ils sourient ou grimacent aux figures des millions de cerfs volants multicolores qui flottent dans les airs, pour célébrer l’indépendance. Depuis quelques jours ils s’empressaient dans les ruelles pour acheter toile et ficelle, choisir la bonne couleur, étudier la meilleur forme: celle qui volera le mieux, celle qui planera le plus longtemps. Aujourd’hui c’est le grand soir, la ville entière regarde dans les airs.
Quelle belle image, ces bataillons de papillons de 30 centimètres de côté qui attrapent les regards et les fils électriques. En France on fête la nation avec des pétards. Seul jour de l’année ou chacun peut jouer à l’apprenti pyromane. Ca explose, ça crépite ça pétarade. Ici, seulement le bruit du vent dans les toiles et le hoquet des klaxons. Ici on regarde en l’air, on fête l’envol mais sans explosion.

« India still sexy at 60 » titrait le Times d’hier. Still sexy à soixante ans la jeune-vieille India? Soixante c’est presque l’age de mon père. Ni vieux ni jeune, pour un pays c’est encore une jeune fille. Cette demoiselle, selon le magazine, est sexy. Il y a le boom économique. Il y a cette industrie des biotechnologie que l’Europe envie, cet immense réservoir de savoir dans les toutes les universités du pays, cette politique extérieure qui gagne chaque jour en assurance. Cette gigantesque armée. Ce marché incroyable tout prêt à consommer. Il y a aussi ce multiculturalisme séculaire qu’on aime à rappeler. Oui, pour beaucoup de monde et dans de nombreux coins du monde l’Inde est sexy. Moi aussi elle me séduit la jeune fille. Le Parti du Congrès la trouve sexy, pour la bourgeoisie aussi et idem les businessguys. Chacun a ses raisons.

Malheureusement India est une jeune fille avec des rides depuis le début, avec des tâches de naissance et des points noirs depuis son premier anniversaire. Des rides qui ne sont pas partis avec l’âge, ni avec la dernière lotion miracle de L’Oréal* ou autres multinationales.

« India is a developping country » déclarent les hommes politiques depuis l’indépendance. Dans developping on peut tout mettre: la pauvreté et ces squelettes presques morts dans les bidons villes et les gratte-ciels prétentieux qui pétillent à Mumbay et cette middle class télé-laptop-Air-Conditioning (AC). Avec developping on excuse la misère et on accepte les palaces. Avec « developping » on fait passer la pillule à tous ceux qui attendent encore leur part de la sexy economy. Ce « ing » qui tolère les pénuries et qui fait rêver Hewlett Packard pose problème. Pour certains indiens d’ailleurs, c’est son plus gros problème.
Tant qu’on habillera la jolie demoiselle avec, on sera obligé d’accepter tous ses défauts. Même si les inégalités augmentent, même si certains cerfs-volants décollent et d’autres restent systématiquement pendus aux fils électriques, on ne pourra rien reprocher aux hommes politiques indiens. Depuis cinquante ans les leaders se font champions de l’éradication de l’extrême pauvreté.
Il suffit d’un petit tour dans l’Inde rurale pour se rendre compte qu’elle n’a pas quitté la Belle. Mais « Developing… », diront les officiels indiens, « still developing… ». Ils ajouterons que personne n’a jamais dit developped. Donc personne n’est en faute. Tout s’articule, tout roule avec « developping ».

Alors est-elle vraiment sexy, India?

Je dirais qu’elle a du charme. Un charme fou et qui passionne. Mais à soixante ans India n’est pas si sexy que ça. Elle n’est pas sexy pour ces 80 % d’indiens toujours coincés sous le seuil de pauvreté*.

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En page 13 du Times of India, le 15 août, il y avait un petit article sur les inégalités développement. Les 12 premières pages étaient dédiées à la sexy economy.

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Merci à Sharad pour m’avoir fait part de son interprétation du « ing » de developing…

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* Pas besoin de vous encombrer de votre Elsève cheveux brillants pour venir en inde, dans n’importe quel Chemistry Shop de Delhi vous pourrez trouver le dernier champoing ultra doux des laboratoires Garnier ou de l’Oréal.
* 79,9 % des indiens (sur)vivent avec moins de 2 dollars par jour. 28% de la population vit sous le seuil national de pauvreté. Les statistiques sont ici.

Publié par : Lucas | août 16, 2007

Ganga

une ligne et demie ecrite depuis une cyber zone de Haridwar, superbe ville religieuse (ici il y a deux religions: l’hindouisme et le tourisme) plantee aux bords de Ganga river et qui grouille de pelerins, partout, avec cette petite marque de couleur entre les deux yeux.

Demain nous serons a Richikesh, plus haut sur le fleuve sacre, encore un peu plus pres des sources du Gange.

Publié par : Lucas | août 10, 2007

Water is not back

« Water is back? » c’est la phrase que s’échangent depuis trois jours les habitants de l’hostel Chandrabhaga quand ils se croisent dans les couloirs. Malheureusement, depuis trois jours, on a pris l’habitude de répondre «no, water is not back ». La réplique est courte et sèche. Sèche comme les robinets de douche, les lavabos, et les cuves des chasses d’eau.

Il reste de l’eau aux containers noirs, dehors sur la terrasse. Mais bientôt eux aussi ils auront le ventre vide. Sur quatre containers, ce matin il n’en reste qu’un seul à moitié plein. Et l’eau de ce container au milieu de l’après midi, aura mangé du soleil pendant des heures. Plutôt incomfortable pour une douche froide quand dehors il fait 37°C.

La pénurie d’eau fatigue. A l’image des étudiants qui portent leur seau rempli, les épaules l’une au dessus de l’autre, malmenées par le poids du précieux liquide. La pénurie fatigue encore plus quand on a la diarhée, quand on a le cul entre deux chaises (pour une belle description du terme, rendez-vous sur le blog de naike, qui était ici à Delhi l’année dernière).

Six a sept fois par jour, on s’avance en trainant les pieds vers les robinets, au fond du couloir. Délicatement, on agrippe cette poignée en inox mal lavé pour lui demander de s’ouvrir. Avant de l’actionner, je la caresse, je la supplie. Si il y a un grincement, alors mon voeux est exhaué. C’est le signe que l’eau arrive.

J’attends donc ce bruit aigu, celui qui déclenchera, aujourd’hui ou plus tard (l’incertitude réside dans la date de ce plus tard), cette expérience de bonheur pur; celui qu’on éprouve quand une chose vitale a quitté notre vie, et que d’un coup elle réapparait, effaçant alors l’impatience et les tourments de l’attente. Mais le bruit ne vient pas. Pour la énième fois de la journée, le robinet tourne dans le vide. Le pire c’est quand il lâche une petit goutte, mesquine et furtive. Un peu comme la dernière petite goutte, celle que les hommes connaissent bien. Une petite goutte, ou deux. Mais pas d’eau. Aujourd’hui encore « water is not back ».

Maintenant prenons un peu de recul. Eloignons nous de l’hostel Chandrabhaga et du petit campus de JNU perdu dans jungle sèche. Selon les chiffres du PNUD*, aujourd’hui dans le monde, à l’instant ou je tourne ce robinet qui crache du vide et un peu de poussière, 1100 millions de personnes vivent sans accès direct à l’eau. Ils vivent dans cette situation quotidiennement. Ce lourd seau d’eau que l’on peine à transporter, ils le connaissent par coeur. Ce n’est plus un fardeau, c’est une nécessité quotidienne. Le seau est et a toujours été un objet banal et vital.

Difficile de s’imaginer ce que ça fait, de transporter son seau tous les jours toute l’année pour prendre une moitié de douche. Dans certaines zones rurales en Inde, dans le Central Maharastra, dans des parties Rajastan par exemple, l’approvisionnement en eau se fait à travers des caneaux; l’été il y a des pénuries. Souvent il faut parcourir cinq kilomètres jusqu’au point d’eau. Cinq kilomètres. Je pense au container sur la terrasse, lui il est à 50 mètres de ma porte de chambre. 100 fois moins loin. Oui mais demain il sera vide. Dans l’hostel il n’y aura vraiment plus d’eau.

Chaque jour dans le monde ils sont des dizaines de milliers à parcourir 5 kilomètres pour arriver à un point d’eau sec.

Dans les zones urbaines aussi, l’approvisionnement fait souvent défaut. Les bidonvilles de New Delhi sont approvisionnés par le Delhi Jal Board (service d’eau public). Mais évidemment les points d’eau sont bondés, tout le monde n’en a pas autant qu’il le voudrait. La demi douche se transforme alors en quart de douche. En moitié de quart de douche. Ou en pas de douche du tout.

L’ironie, c’est que les pauvres payent 5 à 10 fois plus cher le litre d’eau que les riches de la même ville (selon le PNUD, toujours) , c’est dû à la distance &u point d’eau, et au nombre d’intermédiaires, il paraît.

Pour continuer avec les chiffres, ils sont impersonnels et rabats-joie mais ils aident bien à se réprésenter ce qu’il se passe ici et là bas. La consommation moyenne dans le monde par jour et par personne est de 40 L -un bain consomme 150 L d’eau, pour une douche comptez 20 litres. Un habitant du Central Mahastra doit consommer un peu plus de 10 litres d’eau par jour, alors que l’européen moyen en a besoin d’environ 250.

Ce qui donne espoir et ce qui tue en même temps, c’est cette affirmation des experts de l’ONU: Il y a assez de ressources en eau sur la terre pour subvenir aux besoins en eau des populations, de l’industrie et de l’agriculture – à condition que l’usage soit bien approprié. Pourtant, d’ici à 20 ans, ce ne sera plus 1100 millions de personnes sans accès direct à l’eau, mais 3000 millions.

Alors qu’est-ce qu’on peut y faire? Je n’ai pas de leçon à donner, mes douches durent souvent plus de 20 minutes. Penser à fermer son robinet quand on se brosse les dents, tout le monde en parle. Mais ce n’est pas ça qui donnera plus d’eau à ceux qui n’en ont pas. Des projets humanitaires? Pourquoi pas. Encourager les gouvernements à investir dans les infrastructures en eau avant le reste, et favoriser le transfert de technologie du nord vers le sud. Et puis éviter d’arroser le désert à coup de millions d’hectolitres, pour y faire pousser des vaches ou des pommiers.

Je repense à ces cinquantes mètres qui me séparent du container. Ils m’enmerdent depuis 3 jours ces cinquantes mètres. Je les maudit tous les matins, et le robinet avec. Je les maudit et en même temps je relis ce que je viens d’écrire. Incroyables, les chiffres qui peuvent sortir d’un robinet vide.

Trois jours sans eau courante c’est quoi à côté de ces milliers de kilomètres, ces milliers d’heures de marche parcourus sur une vie entière pour remplir un seau?

*Programme des Nations Unies pour le Développement.
Le rapport sur l’eau est ici: http://hdr.undp.org/hdr2006/summaries.cfm#

Publié par : Lucas | août 4, 2007

1250 roupies

Si vous prenez la chaleur de Delhi au debut du mois d’aout, la force d’inertie de l’administration indienne, son appetit pour les signatures et les formulaires inutiles, que vous y ajoutez un brin de corruption, mon niveau zero en Hindi que vous melangez le tout dans un grand, tres grand campus, vous obtiendrez ce cocktail de lenteur, ce condense d’allers et retours que sont les journees d’inscriptions a JNU.

Evidemment, on m’avait prevenu. La recette marche a coup sur et la creme servie est pimentee, elle ne se digerera qu’une fois terminee.

On pourrait comparer les inscriptions a une sorte de rite initiatif. Un jeu de role avec plusieurs niveaux, des indices a trouver, des personnages a rencontrer et qui nous donnent une clef, elle permettra ensuite d’avancer. Des passages secrets, des racourcis et des culs de sac.

Mais surtout, un BOSS a la fin de chaque niveau. Vous savez, le grand mechant qu’il faut battre pour gagner. Les jeux de role se terminent toujours comme ca.

A JNU, le mechant s’appelle Mister S. Mr S est responsable des inscriptions administratives. Un sous fiffre de l’administration qui se prend pour le grand manitout des offices. Et c’est vrai qu’a son etage, le ground floor du bloc administratif, il regne sur son petit monde.

Il a une cinquantaine d’annees, Mr S. Une machoire passoire (certains ici l’appellent dents pourries), et un sourire qui en dit long. Mr S me fait penser aux mechants dans les dessins animes Picsou. Ceux aux dents jaunes, a la petite bedaine et a la chemise pas bien rentree.

Si je peins un tel portrait de Mr S, c’est parce qu’il s’est arroge le droit de prelever une taxe sur les nouveaux venus. Un droit de passage, un impot personnel. Mr S a pris l’habitude de demander aux nouveaux etudiants etrangers un petit bakchiche (c’est aussi un mot hindi, on comprendra pourquoi) de 1250 roupies.

1250 roupies ca fait environ 25 euros. Pas enorme, le bakchiche, compare aux frais d’inscriptions payes par les etrangers. Mais quand meme. Deja, 1250 roupies, pour ici, c’est une grosse somme. Ensuite, quand on sait que c’est pour sa poche, et qu’il ne le demande qu’aux internationaux (epuises par une ou deux journees d’allers retour et de crises de nerfs, avec cette impression de soulagement a l’atteinte du dernier niveau) il y a matiere a s’indigner.

Au dernier niveau, donc, il faut payer. Si on est pas au courant, les 1250 RPS passent facilement pour des frais de dossier. Mais quand Mr S ecrit le montant sur la table en vous fixant droit dans les yeux avec ce regard condescendant, presque desole, on comprend vite qu’il s’agit de cette bonne vieille manifestation du pouvoir (ou besoin de reconnaissance?), la corruption.

Revenons au jeux de role: pour les gagner, il faut battre le BOSS. Ou alors toutes les etapes jusqu’ici n’auront servi a rien. Pour battre le BOSS a JNU, aujourd’hui il n’y a qu’une seule option, refuser de payer.

Alors je regarde Mr S dans les yeux et je lui fait comprendre que ce montant la, je ne le paierai pas. Je lui dit que je ne le paierai pas, sauf s’il me donne une facture. Ses dents rouillees me repondent que si je ne paie pas, je ne pourrais pas m’inscrire et qu’il deposera mon dossier a je-ne-sais-pas-qui.

Un – zero pour Mr S. Les menaces comme celles la marchent toujours bien sur les petits nouveaux. Silence. Je reviens a la charge. Sans facture, pas de frais, c’est mon universite qui me l’a dit. Un partout. Le Boss s’enerve. Il demande un temps mort. Je vais payer les autres frais (les vrais) et il va me chercher une facture. Mon cul. Un recu pour un bakchiche, ca fait presque marrer.

Je pars donc payer les frais d’inscription officiels. Une demi-heure plus tard, retour dans son bureau, miteux, avec la clim HS et ces tiroirs en fer qui ferment pas et qui font penser a une piece d’interrogatoire. Le Boss n’est pas la. Il me fait attendre et c’est bien joue de sa part.

L’attente dans la solitude a des effets insoupconnables sur les esprits decides. Elle nous met face a face avec ce pacte, celui qu’on a signe avec soi meme au debut du duel. Celui qui dit qu’on ne lachera pas. L’attente est et vicieuse. Elle nous promet un passage en douceur, une sortie sans complication. Pourvu qu’on revienne sur notre decision. Sois raisonnable, nous murmure doucement l’attente, accepte de payer et tu seras tire d’affaires.

2 -1 pour le Boss.

Mais plus fort que l’attente qui nous nous soudoie et nous entraine vers la soumission, il y a ce pacte. Coute que coute il ne faut pas le trahir. Il nous fait oublier le reste, l’arret de l’inscription, le retour a la case depart. L’orgueil y joue un peu aussi.

Je balaye l’attente qui me noue la cou avec une gorgee d’eau, j’enfonce mes pieds dans le sol et je me prepare au dernier round.

Deux partout.

Aujourd’hui la finale est en trois manches.

Dans une finale il y a toujours un coup de theatre, une arme fatale, celle qui frappe l’adversaire en son point faible. La tete de Zizou sur Materazzi. La fleche de Paris sur le talon d’Achille. Le coup des cinq points et de la paume sur la poitrine de Bill.

Cet apres midi, nous avions chacun notre arme.

Mr S entre finalement dans la piece. Il est accompagne d’un collegue et d’une feuille. Tres bien joue sur ce coup la. Le collegue impressionne. Et si c’etait pas de la corruption finalement? La presence du collegue rend la chose officielle. Et si je jouais au con depuis le debut. Un combat loyal, a la Cervantes, contre l’injuste corruption, ca sonnait bien.

Malheureusement (ou heureusement) dans les deux armes apportees par le Boss, la seconde ruine la premiere. Une bete feuille d’inscription avec un cadre pour la photo et plein de cases pour inscrire son nom et toutes ces lignes que j’ai deja remplies quinze fois. Assez faible sur ce coup la, le Boss. Le document n’a rien d’une facture et je le lui dis. Il barragouine que je dois le remplir et ensuite payer. Son collegue ne me regarde pas, il n’est peut etre meme pas venu pour ca. Mr S range alors le papier dans un tiroir, serait-il en train d’abdiquer?

Non, il fait mine de s’arreter, d’annuler l’inscription et de ranger ses dossiers. Sacre Mr S. Alors je lui dis OK, Ok. Je lui repete que je veux qu’il m’explique, que ce n’etait pas prevu, qu’il me faut que le montant soit ecris quelque part, sans ca j’aurais des soucis avec mon universite.

A ce moment je n’ai toujours pas sorti ma botte. La balle est toujours au centre. Mon arme fatale c’est Ravi (Shankar), etudiant a JNU depuis 4 ans, qui m’a accompagne jusqu’ici. Il m’avait dit qu’en cas de probleme il serait la, et qu’ici, les etudiants ne veulent pas de la corruption. Il vient aux nouvelles et rentre dans la salle.

Mr S. l’a tres bien vu arriver, mais il fait mine de chercher dans ces dossiers, pour me montrer l’hypothetique accord. Il sait qu’il a perdu. Ici les syndicats etudiants sont tres puissants. S’ils sont au courant de cette pratique, le Boss pourrait bien etre oblige dire adieu a son petit monde.

Mr S. cache alors ses dents derriere ses levres et il me rend mes papiers.

Il me regarde, retrouve son sourire comme si rien ne s’etait passe et lance finalement cette phrase automatique, comme a la fin d’un jeu video:

“Welcome to JNU my dear”

Publié par : Lucas | août 3, 2007

Chutney

Aujourd’hui, aujourd’hui j’ai goute le chutney. Quand on voit le Chutney dans un grand saladier en fer posier sur la table du mess (refectoire), on dirait de la soupe. C’est comme un veloute jaune. Un bon petit veloute jaune et tiede. Il donne envie, surtout quand il pleut et que dehors il fait gris.

Mais le Chutney n’a rien a voir avec un veloute: c’est un concentre d’epices, un cocktail explosif. Un de ceux qui arrachent le palais, qui decortiquent. Il decape en profondeur, chaque recoin de la bouche – le Chutney est sans merci.

Au debut, on ne s’en rend pas compte. Un ou deux hoquets pourtant auraient du tirer la sonnette d’alarme. Mais quand on croit manger de la soupe…  Et puis d’un coup tout s’enflame, les babines la langue le palais. A l’interieur et a l’exterieur, ca demange. Chaque zone de la bouche veut crier plus fort que l’autre. Ca picotte, ca tire, ca arrache. Il n’y a rien a faire.

On a beau boire un verre, et puis deux. Le feu s’efface quelques secondes mais toujours il revient. Alors on peut se lever de sa chaise, et courir. C’est assez absurde mais ca fait du bien.

Au bout d’une petite heure, le feu s’eteint. On comprend desormais pourquoi memes les indiens n’en prennent qu’une demi cuilliere. Mais ca evidemment, il y a une heure on ne le savait pas.

Publié par : Lucas | août 1, 2007

Quechua Noir – 80 litres

27/07 – 12h 

Premiere emmerde. On m’avait prevenu, on me l’avait dit: pour un non habitue, l’administration indienne est un interminable bordel. Celle de l’ambassade ou celle de la fac, ou encore celle d’un aeroport.

Aujourd’hui c’est mon sac que je cherche, dedans il y a toute ma vie. Photos, habits, medocs, bouquins, et toutes ces petites conneries qu’on emporte et qui n’ont pas de prix. Incroyable comme on peut tenir a un sac. Un bete sac noir de 20 kilos.

Premier comptoir a gauche, on me dit. Non, en fait c’est celui d’en face. Par contre pour y aller il faut un ticket. C’est l’airport manager qui les donne.  A l’etage du dessus. Ou ca? Quelque part a l’etage du dessus. Il faut demander. Petite porte en bois avec un airport manager derriere. c’est un petit monsieur. Bonjour. C’est pour mon sac. You have the ticket? Non je viens le chercher, justement. C’est avec les compagnies qu’il faut voir ca, pas ici monsieur. Il me dit. Ah la galere. C’est reparti, nouveau comptoir. Et ce sac qui trotte dans ma tete. Moi je vais de porte en porte.

Quand on part au bout du monde, il ne nous reste que ca: un sac. C’est comme une maison, une armoire de voyage. C’est essentiel, un sac, au bout de monde. C’est comme un pote, un vrai.

S’il se perd – ca me parait si facile quand on voit comment sont transferees les bagages en Inde et ailleurs- alors une vie totalement nouvelle s’annonce, violente et sans reperes. Il y a des jours ou dans la fatigue on veut garder l’ancienne.

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