Inédits

les bouts du voyage auxquels vous avez (failli) échaper.

C’est dingue, la relation que l’on peut avoir avec sa merde quand ont a la chiasse. Pour la première fois depuis l’age anal, elle redevient un objet magique, une sorte de trésor. On la regarde, on l’osculte. On lui parle aussi, on lui demande si elle va bien, on l’encourage: allez, demain tu iras mieux, demain c’est le grand jour où tu vas arrêter de couler.

La merde, d’habitude on l’évite. Quand on a envie de s’en débarasser, on va au toilettes et le tour est joué. Certains aiment passer du temps à la faire sortir. C’est une sorte de sadisme envers elle. On aime sentir qu’elle prend son temps à mourir, on aime décomposer sa chute ultime en une série de petites avancées. Certains trouvent dans ces instants leur exercice méditiation quotidienne, des minutes de spiritualité solitaire.

Mais au fond, qu’on prenne du temps à la faire mourir ou non, on aime s’en débarasser. Une fois en bas, une fois dans ce son bassin mortuaire ou bientôt elle sera ravagée par les flots puis avalée comme une chose qui n’aurait pas du naitre, on ne s’en préocuppe plus.

Ou peut être que si, mais alors pour la faire disparaître, au plus vite. Il faut enclencher les flôts purificateurs. Il faut qu’elle déguerpisse, et vite. Cette chose qui faisait partie de nous il y a encore quelques secondes s’est transformé en corps étranger, malsain et à qui on déclare la guerre.

Etrangement, quand on a la diarhée, tout s’inverse. La bête qui sort de soi même se métamorphose, elle est promue messager. Messager de nous même à nous même. C’est une sorte de courrier émotionnel. Si à l’intérieur ça va mal, le messager se décompose, il sort en larmes et desfois pleure comme marie madeleine. Si la situation s’améliore le messager nous arrive concentré, solide, derrière lui la formation est compacte. Un retard, une absence à l’heure de rendez-vous et vous pouvez être assuré qu’il y a du dégat sur le champ de bataille intérieur. Sans doute, le messager est retenu prisonnier.

Bref, la merde devient un indicateur essentiel du quotidien. On est obligé de vivre avec elle, de communiquer avec elle. On l’observe de très près, même. Car des fois, souvent, son message arrive dans une langue étrangère, qu’il faudra alors déchiffrer. Tout cela prend du temps. Elle s’accompagne aussi de temps à autres d’une odeur qui dérange. Normal diront certains, car cette odeur vient d’ailleurs. La phrase est bien connue: « Ajoutez à ça le bruit et l’odeur », (celle ces travailleurs qui viennent de là bas et pas d’ici). Mais dans notre cas précis, l’odeur répugnante vient d’abord de nous même. Du plus profond de nos trippes. Et celui qui répugne à sentir l’odeur de l’autre qui vient d’ailleurs devrait s’en remettre à cet essentiel: l’odeur irritante que l’on sent chez l’autre vient en fait du fond de soi.

C’est donc son odeur à soi qu’il s’agit d’affronter. Il faut surtout l’accepter. Ce n’est pas facile mais avec quelques entrainements forcés on y arrive. L’odeur surmontée, on peut donc scruter minutieusement la chose. On découvre alors des aspects d’elles qui nous étaient inconnus. On explore ses rugosités, ses changements de couleurs, ses différences de ton. La merde est très complexe, elle est variée. Elle a du goût, qui n’est peut être pas le notre mais il faut avouer qu’elle soigne son apparence. Chaque jour elle s’enveloppe dans une nouvelle tenue.

Rédigé entre deux allez-retours.

(Comment faire dire à la merde plus qu’elle ne nous en a dit.)

Réponses

  1. c est beau, et… c est tellement vrai !!

    je te suis a fond ds cette decouverte, c est halusinant tout ce qu on peu apprendre sur soi, et sur notre instestin, avec un petit caca…

    bises

  2. “Certains trouvent dans ces instants leur exercice méditiation quotidienne, des minutes de spiritualité solitaire.”

    … a aussi permi l’emergence et l’essor de Snake masters, et de competitions acharnees entre flatmates (merci les Nokia !).
    Viles contingences materielles…

    Trop tard pour mes amities a Durga mais bonne fin de voyage a Calcutta quand meme :)


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