Publié par : Lucas | mai 27, 2008

Tu entends le bébé qui pleure?

“… il crie parce que sa mere ne lui donne pas assez a manger.
Ici il n’y a pas assez a manger.”

Voila ce que me dit peu apres mon arrivée Hemba Hazarika, le frere de mon ami Naba – qui m’a invité chez lui, dans le Nord Assam aux environs de Dehmaji (Nord Est de l’Inde).

Un autre paradis maudit, l’Assam. Un paysage somptueux, une terre fraiche et qui respire, saupoudrée d’or du soleil qui danse entre les nuages d’un ciel immense. Et la misere pourtant, qui revet ici un habit vieux comme le monde, celui de cris d’enfant. La misere ne prend meme pas la peine de se cacher. Elle sort brute, elle vibre dans l’appel d’un petit ventre.

Ici comme ailleurs, il y a le coin des riches et celui des moins riches. Le village des plus chanceux et celui des autres, la ou je suis. Ici a Rajabari il n’y a ni au courante, ni electricité. On vit avec moins de 30 Roupies par jour, soit moins de 0,5 euros. Seuil de pauvreté bien dépassé. Mais au fond qu’est-ce que cela veut dire? Avec 30 Roupies on est sans doute plus heureux ici que dans la poussiere de Delhi. Nul ne devrait pas construire sa perception la misere humaine sur des bases monétaires.

Il s’agirait donc d’aller voir, voir pour comprendre. Pourtant il y a toujours un léger probleme dans le fait de vouloir aller voir la misere. Justement parce qu’elle n’est pas un spectacle, elle ne demande pas a etre vue. Et il y a ce coté voyeur qui transforme la pauvreté en une sorte de safari social, un parc d’aventures ou l’attraction serait d’aller affronter le pauvre, se faire frissoner, comme dans un grand huit ou dans un train fantome.

Cela est vrai si l’on se contente de voir pour voir. Or l’experience nous permet deux autres choses incroyables. Voir pour ressentir, voir pour agir. Voir pour ressentir c’est s’immerger dans ce monde qui m’est offert et y plonger completement. Pas seulement pour rapporter des statistiques ou des images. Mais aussi ouvrir ses sens a l’experience et effacer la distance entre soi et ce monde qui nous entoure. Ne pas etre encore et toujours etranger a ce qu’il se joue devant nous. Si j’arrive a ressentir, ne serait-ce qu’un instant, ce que le frere de mon ami Naba ressent dans cet endroit, alors j’aurai reussi l’essentiel.

Et bien sur, il s’agit de voir pour agir. Mais comment agir? Ecrire c’est agir. Mais en quoi ces quelques lignes deja lues quelque part luttent elles contre la misere du monde? Temoigner, c’est necessaire. Mais ce n’est pas suffisant. On peut aussi donner son temps ou son argent aux organismes competents, on devrait d’ailleurs. On peut militer pour un commerce éthique. On peut creer les conditions d’un commerce éthique (en reformant la PAC par exemple). Et le Buddha concluerait ainsi. Surtout il ne faut pas penser, si l’on agit pas ensuite. Une pensee sans action qui la réalise n’a pas de valeur. Penser la misere sans agir contre elle: nous voila face aux contradictions de l’homme moderne.

Le bébé de la voisine s’est arreté de pleurer, il a avalé la moitié d’un petit haricot vert. Ici comme dans tant d’endroits, c’est avec un piment qu’on coupe la faim.


Répondre

Votre réponse :

Catégories