Publié par : Lucas | décembre 16, 2007

Debut decembre au Gujarat

Des palmiers noirs, a contre jour entre le soleil et mes pupilles. Leur tige pointe au sud, vers Diu. Ile de la mer d’Oman, ancienne colonie portuguaise Dieu est desormais territoire autonome de l’union indienne. Paradis des spirits (alcool) et peut-etre paradis tout court tant l’harmonie entre les chants de la jungle, le bleu de ciel et l’or du soleil semble y adoucir la misere.

Elle n’a pas disparue, la tache noire qui resiste au lavage, mais elle trouve sans doute ici un remede que les societes froides ne connaissent pas. Et je comprends un peu mieux maintenant ce que dit Camus ou ce que chantait Aznavour, sur ces etres damnes et benis a la fois car nes a mi-chemin entre le soleil et la misere. “Il semble que la misere serait moins penible au soleil…”

A Diu vous trouverez des villages de pecheurs ou l’on etale les petits lames seches aux yeux ronds sur le sol du port. Les plus petits jouent au cricket. Ils ont une batte pour jouer. Ils nous demandent des stylos ecrire. Les femmes trient les poissons par taille en les etalant au soleil. Les hommes demelent leurs filets et les enroulent minutieusement.

Vous verrez cespetits ports ou les drapeaux en triangle multicolores flottent, accroches aux mats des chalutiers. On dirait un jour de fete mais les drapeaux sont la toute l’annee.

Simon et moi arretons moto et mobilette. Nous mettons le pied a terre. Diane prend des photos, Helene part un peu plus loin participer a une seance de lavage de poissons. Je joue avec un type de mon age au Back Gammon (un plateau et des jetons blanc et noirs qu’il faut faire rentrer -avec une pichenette- dans l’un des trous au extremites du carre de jeu). De l’est a l’ouest voila peut etre ce qui fait l’unite de l’Inde, le Back Gammon, le cricket et les samosas.

On prend un chai (delicieux) et des biscuits (delicieux aussi), ils me rappellent les scones que faisait ma nounou de maternelle. On en rachette trois fois au petit businessman du port. Il a 8 ans et les yeux qui petillent,  le dimanche et apres l’ecole il me dit qu’il tient le cabanon de son pere.

La troupe d’enfants commence a s’epaissir autour de nous. Simon a pris le relais pour un match indo-allemand. Je glisse quelques photos sur l’ecran. Ici les autres touristes ne font apparement pas souvent le detour. Tant pis pour eux et tant mieux pour nous.

J’oublie souvent le nom des gens, c’est un gros probleme. Alors je ne peux pas ecrire celui de ce pecheur de 16 ans, il aime son boulot. il dit que c’est un bon business, la peche ici. 16 ans c’est trop jeune ou c’est normal? S’il dit que ca marche, il faut s’en tenir la ou aller plus loin – ca veut dire quoi qu’un business marche en inde. Compare a ce que j’ai pu voir ailleurs, ce pecheurs a l’air heureux.

Nous reprenons les deux engins a moteur a travers la jungle indienne. Le ciel s’epaissit avec la chute de la boule rouge qui s’ecrase dans la brume derriere nous, sur le village deja loin. On traverse d’autres hameaux ou l’odeur d’encens brule donne un gout divin a la ballade. Au volant de la mob il commence a faire frais. On passe au travers des champs entoures de palmiers, des forets de liannes; a droite, une petite clairiere avec cinq paons a contre-jour. Et cette odeur d’encens qui nous suit. C’est magique ce retour sur Diu-town.

L’inde ne m’avait pas encore offert tel festival des sens. Le souffle du vent qui glisse de chaque cote de la route, la musique qui coule des petits temples hindous que l’on depasse, les poignees de la mobilette bien colees contre la paume et Helene derriere qui s’accroche. Le gout lacté des scones croques sur le petit port, l’odeur du bois parfume qui suit notre course et ce theatre d’ombres vertes alors qu’on s’enfonce dans la foret pour aller retrouver la mer et ressortir de l’autre coté de l’ile.


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